Usant d’une rhétorique panafricaniste et révolutionnaire, l’actuel président de transition du Burkina Faso, Ibrahim Traoré, s’est adressé sans détour à l’artiste haïtiano-americain Wyclef Jean, l’appelant à briser le silence face à la profonde crise qui secoue Haïti.
Dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, le chef de l’État burkinabè adresse un message hautement symbolique à Wyclef Jean qu’il présente comme un véritable ambassadeur culturel d’Haïti.
« Wyclef Jean, mon frère, je ne te parle pas aujourd’hui comme on parle à une célébrité. Je te parle comme on parle à une voix, une voix qui a traversé les frontières, une voix qui a porté le nom d’Haïti là où beaucoup ne voulaient pas l’entendre. Je te parle avec respect, je te parle sans colère. Je te parle avec la gravité qu’exige l’histoire, parce que Wyclef, ta voix porte encore Haïti », déclare-t-il récemment.
Le « capitaine de la terre rouge » tient à souligner pour le rappeur haïtien que « Haïti n’est pas seulement un pays, Haïti est une preuve. La preuve qu’un peuple enchaîné peut se lever. La preuve qu’un peuple méprisé peut renverser l’ordre du monde. La preuve que la liberté noire n’a jamais été un cadeau, mais une conquête. « Et depuis plus de deux siècles, le monde fait semblant d’avoir oublié ce que Haïti a payé pour cette liberté », dit-il.
Le dirigeant burkinabè souligne également que Wyclef Jean n’a jamais chanté uniquement pour divertir, mais aussi pour « rappeler au monde que Haïti existe, que le peuple haïtien pense, qu’il crée, qu’il résiste ». Ajoutant que sa « musique a été une porte ouverte là où les portes étaient fermées ».
Ibrahim Traoré critique cependant la passivité de l’artiste haïtien face à la crise actuelle en Haïti, l’exhortant à rompre un silence qu’il considère comme le « plus dangereux que le bruit ». Car, selon lui, l’histoire ne demande pas seulement ce que nous avons fait, elle demande aussi ce que nous avons osé dire quand le silence devenait confortable.
À travers ce message, Traoré ne parle pas d’Haïti comme d’une simple nation en difficulté, mais comme d’un symbole idéologique. Cette prise de parole intervient dans un contexte où le président prône une rupture avec les anciennes puissances coloniales et appelle à une conscience africaine et diasporique assumée.
Photo : compte X du président Ibrahim Traoré
