Le mandat d’arrêt signé et ayant servi de prétexte à l’assassinat du président Jovenel Moïse le 7 juillet 2021 était illégal, a reconnu vendredi un ancien juge d’instruction, affirmant qu’il n’avait aucune autorité pour destituer un chef d’État en fonction.
Lors d’une déposition devant un tribunal fédéral de Miami le vendredi 20 février 2026, Jean Roger Noëlcius a admis sous serment que ni des particuliers ni des étrangers ne peuvent exécuter des mandats d’arrêt en Haïti, précisant que cette mission relève exclusivement de la Police nationale, selon ce qu’a rapporté le Miami Hérald.
Ce document avait servi de prétexte pour arrêter le dirigeant haïtien le 7 février 2021 lors du coup d’État déjoué ainsi que son renversement lors de son assassinat le 7 juillet 2021.
Les personnes arrêtées dans le cadre du magnicide ont, à plusieurs reprises, évoqué ce mandat ainsi qu’une lettre adressée à l’ambassadrice des États-Unis de l’époque, Michele Sison, reconnaissant son existence comme l’un des motifs de leur implication.
L’ancien juge Noëlcius a reconnu avoir signé le document et y apposé un sceau officiel et l’avoir antidaté au 18 février 2019, accusant « Nèg Bannan n nan » d’assassinat ».

Depuis le Canada, où il a fui cinq mois avant l’assassinat de Moïse, Noélcius a a admis par visioconférence avoir signé le document tout en rejetant toute responsabilité dans le crime, rapporte le journal.
« Je n’ai rien à voir avec cette situation », a-t-il déclaré au cours de six heures d’interrogatoire, ajoutant par la suite qu’il n’avait pas le pouvoir de « signer un mandat contre un président en exercice ».

L’ancien magistrat affirme également être une victime dans cette affaire, pointant du doigt l’avocat Mario Beauvoir, qui, selon lui, prétendait être en contact avec l’ambassade américaine et lui aurait demandé de « sauver le pays ».
« Il s’est joué de moi pour me mettre dans cette situation », a-t-il soutenu.
Selon l’ancien juge d’instruction, l’émission du mandat n’a pas respecté les procédures normales, ajoutant qu’il a agi sous la pression de Me Beauvoir qui lui aurait assuré que la demande émanait de la diplomate Sison et qu’il ne risquait rien. Il dit également avoir parlé au téléphone avec un prétendu responsable américain qui lui promettait une protection sans toutefois avoir vérifié son identité.
Sous prétexte de sauver Haïti, l’ancien juge Noëlcius a déploré que « aujourd’hui, ma carrière de juge est détruite. Ils m’ont utilisé comme une marionnette».
Crédit photo : AFP



