Dans un rapport publié le 8 mai 2026, le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a vivement critiqué l’arrêt rendu le 19 novembre 2025 par la Cour d’appel de Port-au-Prince dans le dossier impliquant l’ancien directeur général de l’Administration générale des Douanes (AGD), Romel Bell, son épouse Anna Dorvil Bell et le révérend Duckens Augustin.
Dans ce rapport, l’organisation estime que la justice haïtienne constitue désormais « le plus grand obstacle à la lutte contre la corruption ».
En effet, le dossier a été publié par l’Unité de Lutte Contre la corruption (ULCC), après une enquête puis transmise au parquet en mars 2023. L’ULCC accusait Romel Bell de fausse déclaration de patrimoine, blanchiment d’avoirs, enrichissement illicite, fraude fiscale et association de malfaiteurs.
Selon l’institut, l’ancien responsable des douanes aurait dissimulé plusieurs comptes bancaires, véhicules, propriétés immobilières et entreprises commerciales. L’enquête évoquait également une augmentation de patrimoine estimée à plus de 748 % par rapport à ses revenus déclarés, selon le rapport du RNDDH.
L’Òganizasyon Renmen Timoun (ORT), dirigée par Anna Dorvil Bell, épouse du DG des Douanes, Romel Bell, est également pointée du doigt. Des fonds destinés, selon ses responsables, à aider des enfants vulnérables auraient servi à payer la scolarité des enfants du couple Bell aux États-Unis.
Par ailleurs, en mai 2024, le juge d’instruction Jean Wilner Morin avait ordonné le renvoi des accusés devant le tribunal criminel pour blanchiment des avoirs, financement du terrorisme, enrichissement illicite et fausse déclaration de patrimoine.
Cependant, la Cour d’appel a annulé cette ordonnance en novembre 2025, estimant qu’elle avait été rendue en violation des règles de procédure, notamment parce que le juge instructeur se trouvait à l’étranger au moment de la signature du document. Les juges ont également prononcé la décharge des inculpés.
Le RNDDH dénonce une décision « excessivement généreuse » et reproche à la Cour d’avoir privilégié des considérations procédurales au détriment de la recherche de la vérité judiciaire.
Le RNDDH reproche au parquet près la Cour d’appel de ne pas avoir contesté la décision devant la Cour de cassation malgré la gravité des accusations. L’organisation demande également au CSPJ d’ouvrir une enquête sur les juges concernés, estimant que cette affaire fragilise encore davantage la confiance de la population dans la justice haïtienne.
