Partout dans le monde, il existe toujours un enfant d’Haïti qui choisit d’œuvrer pour faire la fierté de son pays. Farah Delance appartient à cette catégorie rare de personnalités qui ne fuient pas vers leurs origines, mais courent vers ce qu’elles peuvent offrir aux générations futures.
Sous le soleil tropical, au cœur d’un Port-au-Prince fraîchement sorti de l’ère dictatoriale du régime duvalieriste naît Farah Delance, le 5 janvier 1989. C’est là que tout a commencé.
Fille de Marie Analie Chery et Jean Joseph Lelio Delance, qui sont tous décédés, elle grandit dans la commune de Léogane, berceau de ses premières expériences sociales et culturelles. C’est là qu’elle forge sa compréhension du monde et des réalités qui l’entourent.
Farah Delance entame son parcours académique à la Ritournelle, à Léogane, avant de poursuivre ses études à l’Institut haïtiano-caribéen et au Collège Sacré-Cœur. Elle évolue avec un modèle inspirant : sa marraine, également sa cousine, dont elle suit les traces avec reconnaissance.
Début d’un rêve
Dès son plus jeune âge, Farah est habitée profondément par un esprit altruiste. L’autre n’est jamais un étranger, mais une main à saisir.
“J’ai commencé à rêver grand dès que j’ai eu l’âge de raison. Je me suis toujours vue comme quelqu’un qui est là pour les autres, tout comme ma famille a été là pour moi. Et depuis toute petite, je tends la main à ceux qui n’ont rien. Quand j’étais enfant, je mettais de côté mes sous dans une petite boîte de lait Carnation pour pouvoir offrir des cadeaux aux enfants qui n’avaient rien. J’ai toujours su que les petits gestes faits avec un grand cœur ont une valeur”, confie l’originaire de la cité d’Anacaona.

Son ambition est claire : “devenir une femme importante dans le monde”. Un rêve qui, aujourd’hui, semble guider chacune de ses actions au sein de la diaspora haïtienne.
Portée par cette vocation d’aider les autres, elle s’oriente vers des études en sciences juridiques avec l’objectif de défendre les plus vulnérables. Un parcours qu’elle n’a pas encore achevé mais qu’elle n’a jamais abandonné.
Elle se tourne ensuite vers la diplomatie et les relations internationales, une orientation qui transforme profondément sa vision du monde.
“Cette discipline t’amène à te percevoir comme un négociateur, elle renforce tes capacités intellectuelles et t’aide à ne pas avoir peur de prendre des décisions que tu juges bonnes pour toi. Elle m’a rendue plus concentrée, plus observatrice; elle m’a appris à faire du réseautage et à savoir saisir chaque opportunité qui se présente à moi”, explique la jeune de 37 ans.
Une mission humanitaire
Animée par le désir d’être utile à la société haïtienne et au reste du monde, l’ancienne étudiante de la Faculté des Droits et des Sciences économiques des Gonaïves (EDSEG) poursuit ses études. Elle décroche une maîtrise en Santé publique, convaincue que le monde aura grandement besoin de professionnels dans l’après-covid-19.
Malgré les défis liés à l’apprentissage dans une langue étrangère, elle s’adapte rapidement, forte des bases acquises en Haïti. Elle n’hésite pas à saluer la qualité de la formation haïtienne, qu’elle considère comme un levier de réussite à l’étranger.
Soucieuse de l’impact à long terme, Farah Delance s’engage également dans des études en psychologie, avec une spécialisation sur les traumatismes. Elle envisage un doctorat dans ce domaine, estimant que la santé mentale constitue un enjeu majeur pour Haïti et que son étude doctorale peut révolutionner sa vision pour la communauté haïtienne.
“Un doctorat en psychologie permettrait de mieux évaluer les besoins en santé mentale et de développer des interventions adaptées pour les populations”, souligne-t-elle.
Une fibre artistique affirmée
En parallèle de son parcours académique, Farah Delance s’est illustrée dans le domaine artistique. La deuxième gagnante du concours La paix organisé en 2006 par la Télévision nationale d’Haïti (TNH) a donc plusieurs morceaux dans sa discographie, notamment en zouk et en compas, en collaboration avec Jimmy Ruff, Ricardo Valcourt, Robinson August.
L’actrice dans le film haïtien “Fruit de la patience 1&2” a collaboré également avec Belo, BIC et figurait parmi les stars du Havana Guitar Night de Berthony. Elle a chanté dans plusieurs meringues carnavalesques. Elle a joué également dans la série Filomiz (TNH). Aujourd’hui tournée vers d’autres engagements sociaux, Farah Delance n’envisage pas de retour dans la musique ni dans le cinéma.
Chambre de commerce haïtiano-panaméenne
Farah Delance est également fondatrice de la Chambre de commerce haïtiano-panaméenne et intercaribéenne d’Haïti. Cette structure vise à défendre les intérêts des commerçants haïtiens, notamment les “Madan Sara”.
“Aujourd’hui, toutes ces Madan Sara, toutes les personnes dans les centres commerciaux ont une institution où elles peuvent dire ce qu’elles veulent. Elles ont une institution qui peut plaider pour elles et les guider sur le bon chemin, explique-t-elle, précisant que Yanick Mezil en assure la présidence.
Si cette institution ne prétend pas résoudre tous les problèmes économiques, elle entend néanmoins renforcer les capacités des acteurs commerciaux et faciliter certaines démarches, notamment en matière de visas et de mobilité commerciale entre Haïti et le Panama.
“Comme lorsque nous avons négocié le retour des voyages Haïti-Panama, lorsque nous avons demandé que les commerçantes obtiennent des visas, et nous avons également demandé que les commerçantes soient traitées avec dignité”, nous raconte la jeune combattante.

Fondation Farah Delance
À New York, la Fondation Farah Delance est implantée depuis plus de cinq ans. Cette organisation à but non lucratif œuvre pour l’émancipation des femmes à travers l’éducation. Selon la fondatrice, elle promeut également le développement, la culture, l’éducation et l’éducation financière.
Pendant ces cinq ans d’existence, la jeune professionnelle tente de dresser quelques réalisations. “Nous avons aidé plusieurs enfants à aller à l’école. Nous donnons des formations, nous donnons des bourses d’études pour combattre le trafic des filles”, a déclaré Farah, promettant que la fondation va continuer à œuvrer, assurant que d’autres choses vont arriver.
L’organisation est là aussi pour lutter contre la maltraitance des files. “Nous avons des spécialistes pour les entendre et les aider”.
Et la structure, c’est déjà un succès pour l’ancienne étudiante de l’ANDC qu’elle laissera aux générations futures.
“Le succès, c’est l’héritage que tu laisses à toutes les générations à venir. Moi, je laisse la Fondation Farah Delance; cela constitue déjà mon succès, car je la dote de tout ce qui est nécessaire pour servir les générations futures, en Haïti comme à travers le monde. “
L’humaniste engagée sait comment jongler plusieurs responsabilités sans jamais perdre le fil, compte tenu de son message de motivation féminine combiné à un conseil d’organisation personnelle très pratique et applicable au quotidien.
“Je suis une femme, il n’y a rien qu’une femme ne puisse pas gérer, mais l’une des choses importantes qu’une personne doit faire, c’est la gestion du temps. Tout ce que vous avez à faire, mettez-le dans un calendrier”.
Entre défis et spiritualité
L’ancienne jeune ambassadrice auprès des Nations unies nous plonge dans son univers complexe lorsqu’elle répond à la question portant sur le plus grand défi qu’elle n’a pas encore relevé.
“Chaque jour je fais face à des défis et des problèmes dans ma vie, mais aucun d’eux ne définit qui je suis. C’est plutôt la façon dont j’y réponds qui définit qui je suis. L’une de ses philosophies est la suivante : “Les problèmes ont toujours existé, ce n’est pas moi qui vais effacer le mot”, confie-t-elle.
Elle affirme qu’il y a des problèmes qui doivent se résoudre d’eux-mêmes. “Concentre-toi sur ce que tu peux résoudre, et ce que tu ne peux pas résoudre, laisse-le se résoudre tout seul. Spirituellement parlant : “Je ne suis pas maître de moi-même.” Une humilité spirituelle qui donne à quoi réfléchir.
Une vision tournée vers l’avenir
Dans dix prochaines années, Farah Delance se voit déjà très loin avec ses projets. “Il y a 10 ans, j’étais une militante locale. Aujourd’hui, 10 ans plus tard, je suis devenue une militante à l’échelle mondiale. Alors, dans 10 ans encore, je pense que nous serons encore plus loin. Dans 10 ans, je crois que tous les Haïtiens seront heureux de vivre en Haïti, car le changement dont nous avons besoin, c’est à nous de le réaliser.
Farah n’a pas raté l’occasion de s’adresser aux jeunes filles, les appelant à s’aimer “avant toute autre chose”, les encourageant à aller à l’école, à lutter pour son indépendance économique. Elle s’adresse surtout aux femmes qui subissent de la violence et les abus dans leurs relations.
“Prenez la parole, sortez-vous en, aimez-vous, aimez la vie. “Conseille la jeune mère de trois enfants, tous garçons.
Farah Delance cumule aujourd’hui une cinquantaine de distinctions décernées par plusieurs pays et organisations. Elle figure également parmi les nominés aux Prix mondial de leadership Tallberg-SNF-Eliasson 2026.
