Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a exhorté ce vendredi 2 octobre 2026 la communauté internationale à ne pas limiter sa réponse à la crise haïtienne aux seules opérations de sécurité, plaidant pour une action contre l’impunité, le trafic d’armes, la corruption et les inégalités.
Devant le Conseil des droits de l’homme, Volker Türk a indiqué qu’au moins 5 700 personnes avaient été tuées ou blessées par des gangs ou lors d’opérations menées contre eux entre le 1er janvier et le 11 septembre 2026. Plus de 230 personnes ont également été enlevées et plus de 1 000 femmes et filles violées, selon son bureau, qui estime que les chiffres réels sont probablement plus élevés. Près de 1,5 million de personnes ont par ailleurs été déplacées de force.
Sur le front sécuritaire, le Haut-Commissaire a relevé l’expansion des gangs vers de nouveaux territoires, citant les attaques à Kenscoff et Gressier ainsi que leur présence croissante dans le Sud-Est. Il a salué les premières opérations de la Force de répression des gangs (FRG), mais jugé ses effectifs « largement insuffisants ».
Le renouvellement de son mandat doit, selon lui, être suivi d’un « déploiement complet et accéléré », avec de solides garanties en matière de droits humains. Il a toutefois dénoncé l’usage « inutile et disproportionné » de la force lors de certaines opérations, qui auraient fait plus de la moitié des victimes recensées depuis le début de l’année.
La crise humanitaire et institutionnelle demeure également préoccupante, avec plus de la moitié des Haïtiens confrontés à une grave insécurité alimentaire et 40 % privés d’accès aux soins de santé de base, selon l’ONU. Les prisons fonctionnent en moyenne à plus de trois fois leur capacité officielle et au moins 125 personnes sont mortes en détention depuis le début de l’année.
M. Türk a estimé que des élections libres et équitables constituaient « le seul moyen légitime de rétablir l’ordre constitutionnel », tout en jugeant difficile de réunir cette année les conditions nécessaires à un scrutin crédible.
Dans ce contexte, le Haut-Commissaire préconise notamment une application effective de l’embargo sur les armes, des sanctions visant les acteurs qui alimentent les réseaux criminels et un renforcement de la justice. Il s’est également inquiété du sort des Haïtiens renvoyés de l’étranger, indiquant que plus de 220 000 personnes, dont près de 20 000 enfants, avaient été renvoyées de force en Haïti en 2026 depuis plusieurs pays de la région.
« Ceux qui profitent du désordre actuel sont déterminés à voir Haïti s’effondrer. Ils cherchent à détruire son tissu social et à anéantir les perspectives d’un État plus fort », a déclaré Volker Türk. « Nous avons besoin que tous les regards soient tournés vers Haïti », a-t-il ajouté, réclamant un soutien international « réel et durable » pour sortir le pays de la crise.
Un homme recouvre un corps avec un drap blanc, après une nuit de violences où plus de quarante personnes ont été tuées par des gangs armés à Kenscoff, en Haïti, dans la nuit du 23 au 24 août. (Clarens Siffroy/AFP)
