Le ministère américain de la Justice confirme la nouvelle. Un collecteur de fonds et financier du sud de la Floride, lié à l’assassinat du président Jovenel Moïse, a été condamné à 20 ans de prison fédérale pour avoir blanchi des centaines de milliers de dollars provenant d’aides liées à la COVID-19 obtenues frauduleusement. Et, ces fonds ont servi à financer le complot mortel.
C’est la juge fédérale Jacqueline Becerra qui a prononcé la peine cette semaine à l’encontre de Keegan Harricharan, 42 ans, originaire de Coral Springs. Ce, après que le concerné ait plaidé coupable de complot en vue de blanchir de l’argent.
Les fonds blanchis provenaient de prêts accordés dans le cadre du Paycheck Protection Program (PPP) et du programme Economic Injury Disaster Loan (EIDL), mis en place par la loi CARES (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security Act).
Le ministère public
« Cette affaire nous rappelle brutalement que la criminalité financière est souvent le moteur d’agissements bien plus dangereux », a déclaré le procureur fédéral Jason A. Reding Quiñones pour le district sud de la Floride.
« Cet accusé ne s’est pas contenté de commettre une fraude. Il a exploité des programmes d’aide destinés à maintenir en vie les petites entreprises durant une crise nationale et a blanchi ces fonds publics détournés pour soutenir un complot ayant abouti à l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse. En tant que procureur fédéral de carrière et ancien juge, j’ai pu constater comment le suivi des flux financiers révèle la véritable ampleur des stratagèmes criminels ”, a-t-il poursuivi.
Lorsque le produit de fraudes alimente la violence politique et l’effusion de sang, la menace dépasse la simple perte financière pour atteindre la stabilité même des institutions démocratiques. Nous continuerons à suivre la piste de l’argent, à démanteler ces réseaux et à veiller à ce que ceux qui financent la violence répondent de leurs actes devant la justice fédérale, a ajouté le responsable.
Selon les documents judiciaires, le condamné Keegan Harricharan a collaboré avec Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla, James Junior Solages, Christian Emmanuel Sanon, Jacob Israel et d’autres individus pour blanchir des fonds d’aide liés à la COVID-19 obtenus frauduleusement.
Puis, ces fonds ont servi à promouvoir, financer et soutenir le complot visant à renverser le gouvernement haïtien et à assassiner le président Moïse le 7 juillet 2021.
À souligner, Ortiz, Intriago, Veintemilla et Solages ont été reconnus coupables à l’issue d’un procès devant jury de neuf semaines qui s’est tenu en mai. Le procès de Sanon devrait avoir lieu plus tard cette année. Jacob Israel a précédemment plaidé coupable de complot en vue de blanchir de l’argent et sa condamnation est prévue pour le mois de décembre.
Des rencontres
Selon le ministère américain de la Justice, à partir de juin 2020, Harricharan et Israel ont obtenu frauduleusement environ 840 827 dollars provenant de prêts PPP ; Israel et ses associés ont perçu environ 126 124 dollars de cette somme sous forme de pots-de-vin.
Puis, en avril et mai 2021, Harricharan a rencontré à plusieurs reprises, dans le sud de la Floride, des membres du complot visant à assassiner le président Moïse ; ils y ont discuté de plans pour évincer le président du pouvoir et mettre en place un nouveau gouvernement haïtien.
Au cours de ces réunions, les comploteurs ont également évoqué la nécessité d’obtenir des fonds, des armes, des munitions, du personnel et du matériel militaire pour mener à bien l’opération.
Ensuite, Harricharan a accepté d’utiliser sa société basée dans le sud de la Floride, TNR Holding Group Inc. (TNR Holding), pour recevoir et distribuer les fonds issus de la fraude afin de soutenir le complot.
Entre le 18 et le 28 mai 2021, environ 175 000 dollars provenant de la fraude PPP et d’autres sources ont été déposés sur le compte bancaire de TNR Holding. Sur instruction de ses complices, Harricharan a rapidement transféré l’argent à Veintemilla, qui l’a redistribué à d’autres membres du complot via une série de transactions.
Du coup, les 9 et 10 juin 2021, Harricharan a transféré une somme supplémentaire de 80 000 dollars — incluant des fonds issus de prêts EIDL — à Veintemilla, pour qu’ils soient ensuite distribués aux membres du complot.
Et, quelques semaines plus tard, soit dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, le complot a abouti à l’assassinat du président Moïse. Une équipe de mercenaires colombiens, financée en partie par les fonds blanchis mentionnés précédemment, a pénétré dans la résidence du président à Port-au-Prince après un échange de tirs avec le personnel de sécurité. Les assaillants ont mortellement blessé le président Moïse en lui tirant dessus à plusieurs reprises et ont grièvement blessé la Première dame, Martine Moïse, alors que les enfants du couple se cachaient à l’intérieur de la maison, toujours selon l’annonce faite conjointement par le procureur fédéral Reding Quiñones, l’agent spécial responsable Brett D. Skiles (du bureau du FBI à Miami) et l’agent spécial responsable José R. Figueroa (du service Homeland Security Investigations — HSI — à Miami).
