AccueilACTUALITÉL’ONU épingle Jean-Charles Moïse dans un vaste réseau de contrebande transnationale

L’ONU épingle Jean-Charles Moïse dans un vaste réseau de contrebande transnationale

L’ancien sénateur du Nord et secrétaire général du Parti Pitit Dessalines, Jean-Charles Moïse, est épinglé dans le récent rapport du Groupe d’experts de l’ONU travaillant sur la situation d’Haïti. Les enquêtes menées ont permis de révéler diverses informations sur un vaste réseau de contrebande transnationale dirigé par le leader politique.

Dans son rapport, le Groupe d’experts dit avoir constaté que le secteur d’approvisionnement en civelles (anguilles), peu réglementé, demeurait entouré d’opacité et marqué par la corruption du fait qu’Haïti n’est pas partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction. Du coup, le secteur des civelles reste ainsi exposé aux activités illicites.

Ce secteur est principalement dominé par Jean-Charles Moïse, homme d’affaires originaire du département du Nord et secrétaire général du parti politique Pitit Dessalines. Selon certaines sources, le réseau de M. Moïse décide des personnes affectées au bureau chargé de délivrer les permis d’exportation de civelles.

Le rapport indique que l’homme politique exerce une influence politique et économique sur le secteur des civelles et en contrôle l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, de l’exploitation à la commercialisation. En plus, l’ex-maire de Milot exerce une influence sur le Ministère de l’agriculture, des ressources naturelles et du développement rural, par l’intermédiaire duquel sont délivrés les permis d’exportation, ainsi que sur les agents des douanes chargés du contrôle des exportations, afin qu’ils
agissent en sa faveur.

Certains de ses anciens associés, auxquels il avait refusé des permis, sont devenus ses rivaux. De même, M. Moïse fait pression sur certains agents des douanes pour qu’ils cèdent à ses demandes de fraude fiscale ; ceux qui refusent sont mutés.

En plus, toujours le Groupe d’experts, tout refus de céder à ses exigences ou d’accepter ses pots-de-vin entraîne des représailles, comme en témoignent certaines de ses victimes.

Réseaux de contrebande liés à des organisations criminelles transnationales

Suite aux enquêtes menées, le Groupe d’experts conclut que M. Moïse dirige un réseau d’exportateurs illicites lié à un réseau régional plus vaste opérant dans les eaux des Caraïbes. Par ses activités, il contribue à l’affaiblissement de l’économie haïtienne tout en favorisant les réseaux criminels de contrebande qui sévissent dans la région.

Et, au cours de son enquête sur des incidents survenus pendant la saison 2024/2025 de pêche aux civelles, le Groupe d’experts dit avoir mieux compris les détails complexes des activités de contrebande de M. Moïse. L’un de ses anciens fournisseurs de civelles, un loueur d’embarcations et un marchand de civelles établi en République dominicaine, ont dit au Groupe d’experts que, durant la saison de pêche aux civelles 2024/2025, qui a coïncidé avec la suspension par l’Administration fédérale de l’aviation des vols entre Port-au-Prince et les États-Unis, l’ancien parlementaire n’a pas pu exporter ses civelles comme prévu.

Loin d’abandonner, il a mobilisé son réseau de contrebande dans le département du Nord, par l’intermédiaire duquel les civelles ont été acheminées dans le cadre d’un dispositif parfaitement huilé. Cette opération a impliqué des douaniers haïtiens, qui ont facilité les activités de fraude fiscale du responsable du parti Pitit Dessalines, ainsi que des propriétaires dominicains d’embarcations privées, qui ont fourni les moyens logistiques nécessaires au transport des civelles hors d’Haïti.

Des fournisseurs haïtiens de civelles travaillant avec lui ainsi que des commerçants dominicains ont expliqué que les réseaux de M. Moïse s’étendaient à d’autres secteurs économiques du département du Nord, sa
région d’origine. Ils ont réaffirmé qu’il contrôlait de près un marché régional du commerce illicite des civelles, lit-on dans le rapport.

En plus, l’enquête menée par le Groupe d’experts sur un incident survenu le 20 décembre 2024, dans la région de Fort-Liberté, a permis d’apporter un éclairage supplémentaire sur les activités du réseau criminel organisé transnational de M. Moïse.

Des enquêtes complémentaires menées dans la région ont révélé que M. Moïse dirigeait un réseau criminel qui mélangeait des marchandises provenant de fournisseurs illicites de la région ainsi que d’Haïti, puis
les exportait en les présentant comme exclusivement d’origine haïtienne. Ces informations ont été confirmées par plusieurs sources, notamment des personnes affiliées à ce réseau ainsi que des personnes chargées d’enquêter sur ses activités, retrace le Groupe d’experts.

En juin 2026, les enquêtes menées par les services douaniers d’un État Membre ont confirmé au Groupe d’experts l’existence d’un réseau de contrebande s’approvisionnant en civelles en Haïti. Ces services ont signalé deux cas de contrebande de civelles vivantes survenus entre octobre et décembre 2024.

Puis, l’analyse du mode opératoire a
conduit les douaniers susmentionnés à conclure que « ces deux incidents étaient liés, tant par la participation d’au moins une personne commune que par l’existence d’un seul et même mode opératoire illicite : la tentative d’exporter des civelles sans les documents légalement requis ».

Les douaniers ont ajouté que, dans les deux cas, les documents d’exportation et les déclarations en douane correspondantes étaient absents. Le Groupe d’experts a poursuivi son enquête en Haïti et a appris que ces deux cas faisaient partie d’une série d’exportations effectuées par le réseau de M. Moïse au cours de la saison de pêche 2024/2025.

En plus, au cours de la période considérée, le Groupe d’experts a poursuivi ses enquêtes sur l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles, en particulier des civelles. Il a également constaté que le Gouvernement haïtien avait adopté en mars un décret régissant l’octroi de concessions minières et les redevances applicables aux différents minerais.

Comme indiqué précédemment, le Groupe d’experts précise que les civelles (jeunes anguilles) restent l’une des ressources naturelles les plus lucratives en Haïti : un kilogramme se vend entre 3 000 et 5 000 dollars sur le marché international, tandis que sur le marché intérieur, les pêcheurs les vendent pour seulement 0,34 à 1,70 dollar le kilogramme.

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